Silver lining

Silver lining. C’est l’expression de langue anglaise qui désigne les reflets argentés splendides d’un énorme nuage menaçant qui s’approche. Je vous propose de faire avec moi la liste de vos espoirs/souhaits de changements positifs pour la période post-pandémie. Vous exprimez ces espoirs/souhaits, un à la fois, et vous expliquez le mécanisme possible qui le fera venir et moi je mets tout cela dans un document commun.

Mon idée est de faire du brainstorming. De mettre dans la liste nos rêves les plus fous, sans retenue de réalisme mais avec un fil de causalité, aussi ténu soit-il, les reliant à la pandémie actuelle. Nous avons du temps, alors rêvons à voix haute.

Oh, by the way, une règle de base du brainstorming est de ne pas critiquer les idées folles des autres, mais éventuellement de s’en servir pour en proposer d’encore plus folles! Cela libère la créativité du groupe.

N’ayez pas peur de rêves que vous pensez ridicules ou utopiques, personne ne vous critiquera.

Voici des tribunes pour vous inspirer

Thomas Piketty : « Après la crise, le temps de la monnaie verte »

L’arrêt économique devrait être mis à profit pour réfléchir à une relance par des investissements dans des secteurs comme la santé et l’environnement, avec une réduction des activités les plus carbonées, estime l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.

Vincent Lindon

Comment ce pays si riche ..

Comment ce pays si riche…

Traversé par le flot incessant des commentaires, désorienté par l’addition d’analyses souvent contradictoires, j’ai tenté de réfléchir à la question la plus banale : mais comment avons-nous pu en arriver là ? À cette situation inédite, littéralement stupéfiante.

Spécialiste en rien, intéressé par tout, il m’a paru pourtant utile de contribuer en faisant entendre une voix simplement citoyenne. Suis-je légitime pour interpeller nos dirigeants, tous professionnels de la chose publique, tous diplômés des meilleures écoles ? Pas plus qu’un autre sans doute, mais pas moins non plus, ayant pris soin de consulter nombre d’avis autorisés, notamment dans le domaine de la santé, où André Grimaldi [professeur émérite de diabétologie au CHU de la Pitié-Salpêtrière – ndlr] m’a apporté son éclairage.

Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir, pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d’avoir le meilleur système de santé du monde.

C’était avant.

Avant que s’impose la folle idée que la santé devait être rentable, puisque tout désormais devait être marchandise, jusqu’à la vie des hommes.

Un espoir s’était pourtant levé avec le nouveau chef de l’État Emmanuel Macron, et son programme promettant un « investissement massif dans le système de santé ». Hélas, l’élection acquise, il préféra poursuivre l’action de ses prédécesseurs. S’il n’est donc que le dernier avatar d’une même politique, il porte pourtant une responsabilité particulière, pour avoir ignoré tous les signaux d’alerte.

Douze mois de grève des urgences ? Les patients patienteront.

1 200 chefs de service démissionnent de leurs fonctions administratives ? Moins de paperasse.

Présence massive des soignants dans toutes les manifestations ? Sortez les LBD et les grenades de désencerclement…

Au-delà de la santé, c’est l’ensemble du secteur public qui subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie. La recette est simple : privations pour ce qui coûte (l’éducation, la justice, la police, l’armée, la santé…) et privatisations pour ce qui rapporte.

Tandis que les budgets des ministères régaliens sont comprimés et les salaires de leurs fonctionnaires bloqués, la grande braderie est ouverte. Villepin solde les autoroutes, Nicolas Sarkozy fait absorber Gaz de France par un groupe privé, Suez, et enfin François Hollande, sous la férule de Macron, démembre Alstom pour le plus grand profit de l’américain General Electric.

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, la fête continue. Deux entreprises publiques, la Française des jeux (FDJ) et Aéroports de Paris (AdP), sont très rentables ? Vendez-les !

Pour comprendre l’attachement aveugle de notre président à cette ligne idéologique, il est nécessaire de revenir sur trois années d’exercice de son pouvoir, que notre Constitution a voulu absolu.

Qu’en retenir ?

Dès les premiers jours, une évidence : le goût du nouveau président pour la pompe et les rites de la monarchie, se mettant régulièrement en scène dans les décors de la royauté ; ainsi a-t-il choisi le palais du Louvre pour son intronisation, marchant seul devant la pyramide, le château de Versailles pour recevoir Vladimir Poutine, l’empereur du Japon ou 150 millionnaires high-tech et, enfin, celui de Chambord pour célébrer son 40e anniversaire.

Une prédilection annoncée par des déclarations antérieures – en 2015, il affirmait déjà : « Dans la politique française, l’absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort » – et confirmée jusque dans son programme, qui prévoyait de rétablir les chasses présidentielles. Ce qui n’a rien d’un détail.

L’ego comblé, le jeune homme allait pouvoir s’attaquer à son grand œuvre : bâtir cette « start-up nation » où les « premiers de cordée » allaient tirer vers les cimes ces « Gaulois réfractaires ». Au pas de charge : suppression de l’ISF et allègement de l’impôt sur les profits financiers pour les uns, réformes restrictives du droit du travail ou des allocations chômage et baisse des APL pour les autres. Cinq euros en moins sur les APL ! Mais qu’est-ce qui peut bien passer par la tête d’un dirigeant pour accoucher d’une aussi mauvaise idée ? La brume des sommets obscurcit-elle le jugement au point de lui faire oublier le poids des symboles ? C’était donc ça le « en même temps » macronien, des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien, des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout ?

Mais c’est le premier été du quinquennat, et tout semble encore permis au conquérant de l’Élysée. Malgré quelques protestations, le nouveau monde impose ses lois grâce au soutien de sa majorité obéissante et reconnaissante.

Premier grain de sable à l’été 2018, l’affaire Benalla et son traitement rocambolesque, qui jette une lumière crue sur la conception et les pratiques du pouvoir.

Avec l’automne, un vent se lève, une révolte inattendue et pourtant évidente : des femmes et des hommes en jaune envahissent les ronds-points et les Champs-Élysées, naturellement accompagnés par une très faible minorité qui prétexte le port de la chasuble pour casser plutôt que pour revendiquer, une revendication légitime qui emporte l’adhésion de l’opinion, contraignant le gouvernement à un repli tactique : 10 milliards jetés à la hâte pour tenter d’éteindre la colère sociale.

Trop tard. Les sacrifiés de la mondialisation ultralibérale veulent plus. Plus de moyens, certes, mais aussi plus de pouvoirs, notamment celui de contrôler ceux dont la mission est de les représenter.

Après la carotte, vient le temps du bâton. Une répression brutale, policière, avec mains arrachées et manifestants éborgnés, mais aussi judiciaire, avec une distribution massive de condamnations fermes. Pendant que les pouvoirs exécutif et judiciaire répriment, les législateurs ferraillent pour imposer une réforme des retraites dont une majorité des Français ne veut pas.

Occupés à bâtir leur nouveau monde, les responsables n’accordent qu’une attention distraite à un virus agressif qui, parti de Chine, va très vite ravager la planète et envahir la totalité de l’espace politique, donnant à nos gouvernants l’occasion de montrer l’étendue de leur compétence.

Dans les hôpitaux, la situation est dramatique. On manque de tout, de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de lits et de personnels en réanimation. Le 29 février, après que le Covid-19 a fait ses premières victimes en France, Édouard Philippe convoque un conseil des ministres extraordinaire consacré au virus. Une grande décision en ressort : utiliser le 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites !

Alors que l’épidémie progresse, se faisant pandémie, le pouvoir s’affole, s’agite comme un poulet sans tête. Sur quoi s’interroge l’exécutif aux premiers jours de mars ? Mais sur le maintien des municipales, bien sûr ! La veille du premier tour, le premier ministre joue les contorsionnistes, invitant les Français à rester chez eux, mais, en même temps, à aller voter. Chapeau l’artiste !

Pendant que nos voisins allemands se mettent en ordre de bataille, le gouvernement français peaufine sa communication.

Une seule stratégie, mentir.

Relayant le discours présidentiel, l’équipe gouvernementale multiplie les déclarations absurdes et contradictoires. Ainsi affirme-t-on successivement qu’il ne s’agit que d’une « grippette », que l’épidémie, comme le nuage de Tchernobyl, ne touchera pas la France – alors même qu’à notre frontière sud, l’Italie est frappée –, puis qu’elle est « sous contrôle », avant de devoir avouer la gravité de la situation.

Sur la question cruciale des masques de protection, la parole officielle est schizophrène : aux premiers temps, leur utilité est affirmée. D’ailleurs, il y en a des millions en stock, prêts à être distribués à la population en cas de besoin. La menace virale se précisant, les masques sont soudain déclarés inutiles, voire dangereux puisqu’on ne sait pas s’en servir. Ce qui est fort opportun, puisque les stocks se sont volatilisés.

Pschitt…

Plus de masques.

Pas même de quoi équiper tous les soignants qui doivent monter au front armés de leur seul courage. Bon, d’accord, pas de masques, mais ils arrivent. Quand ? Mais demain, bien sûr ! Hélas, les jours et les semaines passent, la pénurie persiste. Ignorés, méprisés et matraqués quelques semaines plus tôt, les soignants sont désormais portés aux nues.

Pour le commun des Français, le confinement est la règle, chômage technique pour les uns, télétravail pour les autres. Tous les Français ? Non. Pour les caissières, les livreurs, les éboueurs, les policiers ou les pompiers, l’activité doit se poursuivre, quels que soient les périls. Eux qui formaient le gros des bataillons en gilet jaune, naguère vilipendés, sont désormais officiellement essentiels. Exit les premiers de cordée, place aux premiers de corvée.

Le 23 avril, dans une adresse solennelle à la nation, le président Macron annonce enfin le déconfinement pour le 11 mai. Pourquoi le 11 plutôt que le 5 ? Pourquoi mai plutôt que juin ? Parce que.

Deux semaines plus tard, le premier ministre en dévoile les conditions. Acte 1 : réouverture des crèches et des écoles primaires. Curieux puisqu’elles avaient été les premières à être fermées, avant même le début du confinement, au motif qu’elles étaient un lieu hautement favorable à la propagation du virus… Évidemment économique – il s’agit bien sûr de libérer les parents de l’obligation de garder leurs jeunes enfants, pour leur permettre de reprendre le travail –, la véritable raison de ce choix sera passée sous silence, voire niée, alors même qu’elle est audible : vouloir éviter l’effondrement total de l’activité et son cortège de drames est après tout une motivation hautement respectable.

Empêtré dans ses mensonges et ses omissions, le pourvoir tergiverse. Très vite, le discours s’infléchit : l’obligation de retourner en classe ne s’appliquera pas systématiquement. Les maires, les préfets pourront décider, ou non, de s’y conformer.

Mieux, les parents seront libres de garder leurs enfants à la maison. Dans les milieux favorisés, on n’hésitera guère. Mais dans les milieux plus modestes, le dilemme est cornélien. Alors que le chômage enfle, dois-je exposer mon enfant au risque de tomber malade, ou accepter l’éventualité de perdre mon emploi ? Et si les parents sont d’avis contraires, le couple pourra-t-il résister, notamment si les choses tournent mal ? Questions sans réponses…

Une bonne nouvelle, pourtant : les masques arrivent. Des masques en tissu, lavables et réutilisables. Efficaces ? « Oui, dit le Pr Grimaldi, contre la transmission du virus. Mais comme ils n’empêchent pas le porteur d’être infecté lui-même, la mesure ne vaut que si elle s’impose à tous, dans l’espace public au moins. » Prisonnier de son discours récent, le gouvernement ne peut se résoudre à rendre obligatoires partout ces masques qu’hier encore il déclarait inutiles. « Pourtant, ajoute le Pr Grimaldi, on a le droit de se tromper, mais le devoir de reconnaître ses erreurs. »

Au rythme où s’enchaînent les événements, ce droit à l’erreur pourrait bien m’être utile, mes propos risquant de devenir rapidement caducs, tant les stratégies gouvernementales oscillent, sinon à la vitesse de la lumière, au moins à celle où se propage le virus.

En termes de gestion et de communication de crise, je ne sais pas qui aurait pu faire mieux, mais je ne vois pas qui aurait pu faire pire.

En mettant au jour ses insuffisances, cette crise pourrait-elle être l’occasion d’une refonte radicale de notre démocratie ? Dans un discours célèbre, Churchill affirmait que c’était là « le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Mais, ajoutait-il aussitôt, « la démocratie n’est pas un lieu où on obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu’on veut ».

Si l’on s’accorde pour ne pas changer de système, alors il faut changer LE système.

Mais l’urgence est ailleurs. Déjà insupportables, les inégalités ont explosé avec la pandémie. Confinés dans des logements exigus ou contraints d’affronter les périls, les plus fragiles vivent des jours terriblement difficiles. Et leurs lendemains ne chantent pas. Après la crise sanitaire, ils seront sûrement les premières victimes de l’inévitable catastrophe économique et sociale.

Que faire ?

L’État ne pouvant pas tout, il me paraît impératif d’innover. Comment ? En demandant aux plus grosses fortunes une solidarité envers les plus démunis. Cette idée, juste et légitime, pourrait prendre la forme d’une contribution exceptionnelle, baptisée « Jean Valjean », conçue comme une forme d’assistance à personnes en danger, financée par les patrimoines français de plus de 10 millions d’euros, sans acrobaties, à travers une taxe progressive de 1 % à 5 %, avec une franchise pour les premiers 10 millions d’euros.

À période exceptionnelle, contribution exceptionnelle. Même si j’applaudirais évidemment tout amendement visant à pérenniser cet effort de réduction des inégalités. Après tout, une fois peut devenir coutume.

D’après les économistes que j’ai pris soin de consulter, cette contribution devrait représenter environ 36 à 37 milliards d’euros, qui seront distribués aux quelque 21,4 millions de foyers trop pauvres pour être assujettis à l’impôt sur le revenu.

Compte tenu de l’urgence, l’État assurerait la trésorerie et abonderait marginalement la collecte, leur distribuant sans délai et sans prélèvement, la somme de 2 000 €, à charge pour lui de recouvrer ultérieurement le produit de la contribution « Jean Valjean ».

Même si je ne doute pas un instant que les plus riches de nos concitoyens se réjouiront de l’occasion ainsi offerte de montrer leur patriotisme et leur générosité, il me paraît prudent que les législateurs mettent en place des sanctions suffisamment dissuasives pour décourager les improbables mauvaises volontés. Je pense ici, surtout, à nos compatriotes domiciliés fiscalement à l’étranger, évidemment conviés à manifester leur solidarité.

Mon rôle n’est évidemment pas d’entrer dans le détail de ces sanctions. Je voudrais néanmoins en proposer une, essentiellement symbolique – car je crois, moi, à la force du symbole : alléger les réfractaires de leurs pesantes décorations (Ordre du mérite ou Légion d’honneur, par exemple) pour leur permettre de gambader librement dans les couloirs des hôpitaux étrangers, voire français, où ils seraient évidemment les bienvenus après avoir refusé de financer notre système de santé national et plus généralement notre service public. En un mot, leur pays.

Bien sûr, je sais que ces précautions seront sans nul doute inutiles, tous ces privilégiés étant bien conscients de ce qu’ils doivent au pays qui les a formés et souvent enrichis. Mais la confiance n’excluant pas la prudence, de telles dispositions ne sauraient nuire.

Après cette mesure d’urgence, il sera temps de nous pencher sur les moyens de réparer notre démocratie. Comment ? On pourra s’étonner que je me pose la question et plus encore que j’essaie d’y répondre. Alors, sans prétendre détenir des solutions – j’ai gardé le sens du ridicule –, je me risque à évoquer quelques pistes de réflexion.

Instituer des contre-pouvoirs. La Constitution de la Ve République avait été taillée sur mesure pour le général de Gaulle. Un costume bien trop grand pour ses récents successeurs. D’autant que, depuis l’instauration du quinquennat, le président dispose toujours, et pendant toute la durée de son mandat, d’une franche majorité au Parlement. Élue en même temps que lui, grâce à lui et sur son programme, l’Assemblée nationale a logiquement la même couleur que l’Élysée et le législatif n’a donc pas vocation à s’opposer à l’exécutif.

Quant au pouvoir judiciaire, son indépendance n’est que théorique, tant il est simple de le contrôler par le jeu des nominations et des promotions. Depuis Montesquieu, qui a théorisé la séparation des pouvoirs (il n’en connaissait que trois, lui), un quatrième s’est imposé : la presse. Problème : neuf milliardaires en possèdent l’immense majorité, on ne s’étonnera donc pas que l’intérêt des puissants soit ménagé dans le traitement de l’information. Impuissante politiquement, la contestation s’exprime là où elle le peut encore, dans la rue et dans les sondages d’opinion.

Responsabiliser les élus. Les élus devront être comptables de leur action devant le peuple dont ils ont obtenu la confiance. Une élection, c’est quoi ? C’est l’histoire d’un mec qui arrive et qui dit : « Faites-moi confiance, voilà ce que je vais faire », et qui, une fois élu, ne le fait pas. À la place, il fait autre chose ou rien. Eh bien non, ça ne peut plus marcher comme ça. En cas de défaillance, il est nécessaire qu’ils puissent être démis de leur fonctions, démocratiquement, c’est-à-dire si une fraction de citoyens le propose et si une majorité d’électeurs l’exige.

Insistons : cette mesure doit s’appliquer à tous les élus, jusqu’au président de la République, qui, en France, ne peut être démis par personne en cours de mandat, ni même être jugé depuis la scandaleuse décision du Conseil constitutionnel sous la présidence du douteux Roland Dumas.

Sanctionner sévèrement les dérives, pour interdire l’alliance mortifère entre les copains et les coquins. Depuis des décennies, aucun élu, même le plus corrompu, ne craint les rigueurs de la loi. Il y a à cela une excellente raison : la prison, c’est pour les autres. Eux pourront toujours solliciter les meilleurs avocats et multiplier les procédures des décennies durant, jusqu’au moment où les juger n’aura plus aucun sens.

D’où une proposition en trois points :

Rendre passible de longues années de prison ferme tout acte de corruption avérée d’un élu. Parce qu’elle menace dangereusement la démocratie, en décourageant le vote notamment, la corruption politique me paraît un crime plus grave qu’un braquage de banque. Excessif ? Je ne pense pas. Enfant, je me souviens que, sur les billets de banque, il était inscrit que « la fabrication de fausse monnaie [était] passible des travaux forcés à perpétuité ». Pas une goutte de sang versée, pourtant, mais une atteinte criminelle au bien commun.

Définir des couloirs judiciaires dédiés, pour éviter qu’on ne juge que des cadavres. L’ensemble des procédures, appel et cassation compris, devra être bouclé dans les 12 mois suivant l’ouverture de l’instruction.

Augmenter fortement la rémunération des hommes et des femmes qui choisiront de servir la collectivité avec compétence, zèle et intégrité. Pourquoi ? Pour avoir les meilleurs. Pour leur éviter la tentation. Et pour rendre inexcusable qu’ils y cèdent.

Constitutionnelles, électorales ou judiciaires, ces propositions de réforme peuvent apparaître éloignées des préoccupations immédiates, en ces temps troublés surtout.

Je les crois pourtant essentielles. Même si elles ne résolvent pas l’ensemble des problèmes auxquels notre époque est confrontée, elles m’apparaissent nécessaires pour rétablir l’indispensable confiance du peuple en ses représentants, enfin comptables de leurs promesses comme de leur action, et responsables de leurs erreurs.

Thomas Piketty

S’inspirer des leçons de l’Histoire

Thomas Piketty, économiste : « Il faut rétablir l’Impôt sur la fortune ». Au-delà d’un rétablissement de l’ISF, l’économiste Thomas Piketty juge qu’il faut s’inspirer des « leçons » de l’Histoire et taxer les hauts patrimoines privés, « comme en Allemagne ou au Japon après la Seconde guerre mondiale » pour surmonter la hausse de l’endettement public.

« Oui, il faut rétablir l’Impôt sur la fortune. »

« Oui, il faut rétablir l’Impôt sur la fortune. » Pour se relever de la crise économique, Thomas Piketty estime qu’il faut surtout « que les revenus de ceux qui vont consommer ne s’effondrent pas ». « Je ne vois pas les Français comprendre qu’on finance des cadeaux fiscaux qui dépassent cinq milliards d’euros par an, les maintenir alors qu’on dit qu’il faut réinvestir dans les services publics, ça me paraît incompréhensible », a-t-il estimé, invité lundi matin de France Inter. « L’économie ne fonctionne pas avec des super milliardaires mais avec des petits, de petites entreprises. On parle de personnes à qui on a fait payer toujours plus de TVA, de CSG. Il faut rétablir l’ISF, avec un rendement beaucoup plus important, qui pourrait rapporter 10 milliards par an. »

« Oui, il faut rétablir l’Impôt sur la fortune. »

Si la crise sanitaire est inédite, l’Histoire peut nous éclairer sur le plan économique juge Thomas Piketty. « Il y a beaucoup de leçons historiques. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a différentes façons de s’en sortir. Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux pays notamment l’Allemagne et le Japon, ont mis en place des systèmes d’imposition sur les plus hauts patrimoines privés, jusqu’à 80-90% de ponction. Ça a pu réduire très vite l’endettement public, qui était encore plus élevé que ce qu’on l’est aujourd’hui. (…) Il ne faut pas faire exactement la même chose mais reprendre ces leçons de l’histoire », a estimé l’économiste. 

Taxer les hauts patrimoines privés ?

Muhammad Yunus

Muhammad Yunus : « La crise du coronavirus nous ouvre des horizons illimités pour tout reprendre à zéro »

L’économiste et Prix Nobel de la paix 2006 appelle, dans une tribune au « Monde », à repenser le monde de l’après. Pour lui, la reconstruction doit être sociale et écologique, pour éviter une catastrophe qui pourrait être bien pire que l’actuelle.

Publié 05/05/2020 à 05h45, mis à jour à 14h08

Muhammad Yunus est Prix Nobel de la paix 2006. Il a fondé, en 1976, la première institution de microcrédit, la Grameen Bank.

Tribune. Si l’épidémie de Covid-19 est en train d’infliger à notre monde des dégâts considérables, c’est également une occasion unique qui se présente à nous. Le monde entier doit répondre à une question décisive : faut-il revenir au monde tel qu’il était avant l’arrivée du coronavirus ? Ou bien le repenser ? La décision nous appartient.

Inutile de le rappeler, le monde d’avant le coronavirus nous était néfaste. Avant qu’il accapare toute l’attention médiatique, l’humanité se préparait à une avalanche de tragédies. La catastrophe climatique allait rendre la planète impropre à la vie humaine, le compte à rebours avait commencé ; l’intelligence artificielle nous conduisait tout droit vers le chômage de masse ; la concentration des richesses atteignait des niveaux explosifs. La décennie qui venait de commencer était celle de la dernière chance, nous ne cessions de nous le répéter. Après elle, tous nos efforts n’auraient eu que des effets dérisoires, insuffisants pour sauver la planète. Est-ce là le monde auquel nous voulons revenir ? C’est un choix qui ne dépend que de nous.

La pandémie a brutalement changé la donne. Elle ouvre des horizons formidables et jusque-là insoupçonnés. Nous pouvons prendre toutes les directions. Quelle incroyable liberté de choix ! Avant de la relancer, nous devons d’abord nous mettre d’accord sur l’économie à laquelle nous aspirons. Nous devons avant tout convenir que l’économie n’est qu’un moyen, celui d’atteindre des objectifs que nous nous fixons. Elle n’a pas à agir tel un piège mortel conçu par quelque puissance divine pour nous punir. A aucun moment, nous ne devons oublier qu’elle n’est qu’un outil de notre propre création. Un outil que nous devons penser et repenser sans cesse jusqu’à ce qu’il nous conduise au plus grand bien-être commun possible.

Dès lors que cet outil, l’économie, ne nous conduit pas là où nous souhaitons aller, c’est qu’il y a quelque chose dans le matériel, ou dans le logiciel, qui fonctionne mal. Nous devons alors y remédier et réparer l’outil. Peut-on accepter d’entendre : « Ah pardon, nous n’atteignons pas nos objectifs, mais c’est que le matériel et le logiciel ne sont pas faits pour » ? Non, et c’est même une excuse pathétique. Nous voulons une planète à « zéro émission nette » ? A nous de concevoir le matériel et le logiciel pour cela. Nous aspirons à un monde sans chômage ? Idem. La fin de la concentration des richesses ? Pareil. Il s’agit de se doter du bon matériel, et du bon logiciel. Le pouvoir nous appartient. Quand l’être humain a la volonté d’accomplir quelque chose, il y parvient. A l’humain, rien d’impossible.

C’est la grande nouvelle de cette période : la crise du coronavirus nous ouvre des horizons pour ainsi dire illimités pour tout reprendre à zéro. La possibilité de faire table rase pour concevoir matériel et logiciel, à neuf.

Muhammad Yunus : « La crise du coronavirus nous ouvre des horizons illimités pour tout reprendre à zéro »

Une décision mondiale, unanime mais simple, serait d’une aide immense : il faut la consigne claire que nous ne voulons pas reprendre là où nous nous sommes arrêtés. Non, nous ne retournerons pas dans la même ornière au nom de la relance économique. D’ailleurs, nous ne devons pas même parler de plan de « relance ».

Pour que l’objectif soit clair, nous devons parler de plan de « reconstruction ». Les entreprises seront au cœur de ce programme. La reconstruction pour l’après-coronavirus doit partir de ce principe fondateur : la conscience sociale et environnementale comme pilier central de toutes les décisions. Les Etats doivent faire en sorte que pas un seul dollar n’aille à des entités ou projets qui n’œuvrent pas, avant toute chose, à l’intérêt social et écologique de la société.

Nos premiers projets de reconstruction doivent être à vocation sociale. Et c’est aujourd’hui, en pleine tourmente, que nous devons les penser.

Pas de « relance », mais une « reconstruction »

Dans ce grand plan de reconstruction, je propose de donner le rôle central à une nouvelle forme d’entrepreneuriat que j’ai appelée le « social business ». Une entreprise de ce type a pour seul objet de résoudre les problèmes des individus, sans but lucratif pour les investisseurs autre que celui de récupérer leur mise. Une fois l’investissement initial amorti, tous les bénéfices sont réinjectés dans l’entreprise.

Pour les Etats, les occasions d’encourager, de privilégier et d’aider l’économie sociale à s’engager activement dans la reconstruction seront légion. Pour autant, ils ne doivent pas attendre que ces initiatives surgissent d’elles-mêmes au moment où elles sont nécessaires, ni dans un nombre suffisant. Les Etats doivent être moteurs, notamment en prenant en charge les plus démunis et les chômeurs à travers les instruments traditionnels de l’Etat-providence, en assurant l’offre de santé, en remettant en marche les services essentiels, et en soutenant l’ensemble des entreprises là où les initiatives d’entrepreneuriat social mettront du temps à émerger.

Pour accélérer leur émergence, les pouvoirs publics peuvent créer, à l’échelon national et local, des fonds de capital-risque spécialisés dans l’entrepreneuriat social. Ils peuvent encourager le secteur privé, les fondations, les établissements financiers, les fonds d’investissement à en faire autant et inciter les entreprises traditionnelles à se convertir à l’entrepreneuriat social ou à s’associer à des acteurs de l’économie sociale.

Dans ce plan de reconstruction, les Etats aideront financièrement des entreprises du social business à racheter d’autres entités ou se rapprocheront d’entreprises en difficulté pour les aider à se convertir. Les banques centrales doivent pouvoir permettre aux acteurs de l’entrepreneuriat social de recevoir le soutien d’institutions financières pour lever des fonds sur les marchés boursiers.

Pendant la reconstruction, forcément riche d’occasions à saisir, les Etats doivent s’attacher à impliquer un maximum d’acteurs. Qui pour investir dans l’entrepreneuriat social ? Qui sont les investisseurs de l’entrepreneuriat social ? Où aller les chercher ? Ils sont partout. Nous ne les voyons pas, simplement parce que les manuels d’économie actuels ne reconnaissent pas leur existence. Nos yeux ne sont pas formés à les repérer. Cela fait peu de temps que les cours d’économie abordent des sujets comme l’entrepreneuriat social, l’économie sociale et solidaire, l’impact investing (investissement à impact social) ou les organisations à but non lucratif. La reconnaissance dont bénéficient mondialement la Grameen Bank [banque spécialisée dans le micro-crédit] et le microcrédit n’y est pas pour rien.

La clé : le « social business »

Tant que l’économie restera une science vouée à la maximisation des profits, nous ne pourrons nous appuyer sur elle pour une reconstruction sociale et écologique. La bonne stratégie consiste à augmenter la part de l’entrepreneuriat social dans l’économie globale au fur et à mesure de la relance. La réussite du social business se verra non seulement à sa contribution grandissante à l’économie, mais aussi au nombre croissant d’entrepreneurs travaillant à la fois dans le modèle classique et le modèle social. C’est à cela que l’on saura qu’une économie à vocation sociale et écologique est en train de naître.

Dès lors que les pouvoirs publics sauront les reconnaître, les investisseurs et les acteurs de l’entrepreneuriat social surgiront d’eux-mêmes, pleins d’enthousiasme, pour jouer le rôle essentiel qu’exige d’eux cette occasion unique dans l’histoire. Ces entrepreneurs ne sont pas une petite communauté de bonnes âmes charitables. Il y a tout un écosystème mondial composé de multinationales géantes, de grands fonds d’investissement, de nombreux chefs d’entreprises pleins de talent, de fondations et de sociétés financières, tous forts d’une longue expérience dans le financement et la gestion d’entreprises sociales internationales ou locales.

Dès que le social business recevra des Etats l’attention qu’il mérite, des tenants indécrottables du profit personnel révéleront des talents inexploités pour s’engager dans l’entrepreneuriat social, avec des résultats précieux face aux crises que nous traversons, du climat au chômage en passant par la concentration des richesses.

Augmenter la part de l’entrepreneuriat social

Le plan de reconstruction doit abolir la division traditionnelle entre citoyens et pouvoirs publics. On part du principe que le rôle des citoyens est de prendre soin de leurs proches et de payer leurs impôts, et qu’il incombe à l’Etat (et dans une moindre mesure, au secteur associatif) de prendre en charge les problèmes collectifs que sont le climat, l’emploi, la santé, l’éducation, l’eau, etc. Le plan de reconstruction doit abattre ce mur et encourager tous les citoyens à s’engager en créant leurs entreprises sociales. Leur force ne dépend pas de l’envergure de leur projet, elle tient à leur nombre.

Le premier problème auquel ils pourront s’attaquer est celui du chômage que va créer l’effondrement de l’économie. Les investisseurs soutiendront la création d’entreprises sociales qui créeront des emplois. Grâce à eux, des chômeurs pourront aussi devenir eux-mêmes entrepreneurs. L’être humain est né entrepreneur, pas chercheur d’emploi. L’entrepreneuriat social peut aussi contribuer, aux côtés du secteur public, à la création d’un système de santé solide.

Du désespoir et de l’urgence de l’après-coronavirus, un Etat adoptant la bonne attitude pourra faire émerger un foisonnement d’activités comme on n’en a jamais vu. C’est à cette aune que l’on mesurera la qualité des dirigeants : montrer la voie d’une renaissance radicale du monde, par des moyens inédits, en fédérant tous les citoyens.

Si nous ratons le coche d’une reconstruction sociale et écologique, nous allons tout droit vers une catastrophe pire encore que celle du coronavirus. Nous pouvons aujourd’hui échapper au virus en nous confinant chez nous ; si nous ignorons les graves problèmes que connaît notre monde, nous n’aurons nulle part pour échapper à la colère de Dame Nature, et à celle des populations du monde entier.

Rapprocher citoyens et pouvoirs publics

Nos idées:

  • Jaffar: La non-réélection de Trump. Le covid a déclenché une crise économique et financière mondiale. Aux USA on sait que la prospérité économique au moment du vote présidentiel est un facteur important favorisant la reconduction du président/parti en place. Vice-versa, une crise économique favorise l’opposition.
  • Alain: Réalisme du monde des affaires. Je compte sur le réalisme du monde des affaires pour infléchir les stratégies.
  • Alain: Avenir de la planète. On peut espérer que les mouvements politiques vont voir apparaître de nouveaux leaders soucieux moins de leur avenir que celui de la planète
  • Jaffar: La réindustrialisation du pays. La pandémie a montré que la production à flux tendus était fragile et dangereuse. Que la Chine s’arrête pour une raison quelconque (pandémie, conflits internes ou externes) de produire et le pays souffre instantanément. De même s’il y a de fortes perturbations dans les transports aériens ou maritimes. Il faut donc réindustrialiser pour que le pays produise lui-même ses propres besoins essentiels non seulement de masques, tests covid19, respirateurs mais aussi de .. (liste ouverte)
  • Jaffar: Référendum d’Initiative Partagée (RIP). La démocratie élective montre quelques limites. Le pays possède une clause constitutionnelle qui a fonctionné pour la première fois sur la privatisation d’ADP. Les signatures ont été nombreuses mais inférieures au seuil du 1/10e des électeurs inscrits. La procédure RIP a quand même marché car elle a suffisamment retardée le processus législatif pour que le projet de loi devienne caduc dans le nouveau contexte économique créé par la crise covid19. Je rêve que le seuil du RIP soit abaissé à disons 1/25e des électeurs inscrits.
  • Jaffar: Je rêve que l’on interdise à l’industrie pharmaceutique de financer la recherche médicale pour éviter tous les conflits d’intérêt qui sont apparus dans la crise covid19. On pourrait entre autres remplacer cette source de financement par la création d’un Fond de la Recherche Médicale qui serait financé par toutes les taxes existantes et à venir sur les produits et services du secteur.
  • Jacky: pour préserver les habitants il faut avant tout préserver l’habitat. Je rêve que nos dirigeants agissant en notre nom recentrent leur décisions sur l’écologie
  • Jacky: réduire les échelles industrielles et économiques pour permettre aux économies régionales de se développer sainement et avec résilience
  • Jacky: dynamisation des monnaies locales
  • Jacky: dissociation des denrées agricoles des marchés financiers
  • Jacky: application stricte du principe de précaution dans les développements industriels (au lieu de dire comme dans l’industrie nucléaire ou la 5G que les risques ne sont pas prouvés)
  • Jacky: une école publique émancipatrice qui forme des têtes bien faites au lieu de têtes bien pleines, pleines d’une sagesse conventionnelle fugace

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